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Je suis venue pour un diplôme, je suis repartie avec une vie

Témoignage

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21/01/2026

Je suis arrivée à l’université le cœur noué par une anxiété débordante. Quatre ans plus tard, j’en suis sortie avec des amitiés solides, un diplôme en poche et surtout cette conviction profonde qu’il n’y a rien que je ne puisse accomplir. Je pensais venir à l’USJ pour un simple diplôme, je suis repartie avec une nouvelle identité. Des inconnus rencontrés en octobre sont devenus mes meilleurs amis au printemps.

Je vais commencer par la fin, mon dernier jour à l’USJ. Je descendais la route, chargée de cours et de documents, quand, sans réfléchir, j’ai lancé mes polycopiés de droit constitutionnel en l’air. Je n’avais jamais aimé cette matière, j’y avais d’ailleurs eu une mauvaise note. En les jetant ainsi, j’avais l’impression de me libérer, de me rebeller contre la complexité des lois et leur application parfois absurde. Une page se tournait.

À l’inverse, j’ai gardé mes cours de droit civil tout contre mon cœur. Après des années d’études, entre théorie et pratique, défis et excitation, cette matière qui régit les biens, les personnes et les relations m’était devenue familière. C’est le Pr Najjar qui avait fait naître cet attachement. Passionné, il transformait ce qui semblait aride en vocation, rendant les contrats, la famille, la propriété étonnamment vivants. Il nous parlait d’enjeux éthiques et sociaux, illustrait par des exemples du quotidien, nous encourageait avec une bienveillance rare. C’est lui qui a guidé mon choix professionnel.

Mais ce n’est qu’un fragment de l’histoire.

À mes débuts à l’USJ, je n’étais pas une excellente élève. La deuxième année fut particulièrement difficile. J’étais amoureuse d’un amour impossible. Je suis druze, lui maronite, étudiant à la Faculté de médecine de l’USJ. Pour moi, ce n’était pas un obstacle. Pour mon père, si. J’ai fini par sacrifier mon premier et dernier amour pour préserver ce qu’il appelait la dignité familiale. Cette douleur m’a épuisée, détournée de mes études, vidée de mes forces.

Ma paresse apparente cachait surtout du stress et de l’angoisse. Je repoussais les devoirs, négligeais les cours, alors que j’avais tant de potentiel. J’ai dû accepter cette fragilité pour pouvoir la dépasser. Je me suis alors recentrée sur moi-même et, surtout, sur les autres. J’ai créé des liens, proposé des révisions, partagé des cafés, des marches, des conversations sans fard. Ces amitiés m’ont offert un soutien émotionnel essentiel, un sentiment d’appartenance qui m’a aidée à me relever.

Puis est arrivé ce jour mémorable, cette erreur qui allait tout bouleverser. Nous étions en pleine guerre civile. L’examen de droit civil portait sur un sujet hors programme. Beaucoup refusaient de le passer, mais le Pr Najjar avait insisté. Dans la salle, un camarade paniquait. Je n’ai pas su lui dire non et je lui ai soufflé quelques pistes. Le surveillant, M. Arzoumanian, l’a remarqué. Après l’examen, j’ai eu un véritable choc émotionnel un trou de mémoire, la certitude d’avoir tout perdu.

Certaine d’avoir compromis toute ma session, j’ai décidé d’abandonner le droit pour me tourner vers les sciences politiques. C’est alors que ma mère est intervenue. Fille d’un grand avocat, elle refusait que je tourne le dos à cet héritage, mais surtout à la perspective d’une carrière stable. Elle a été ferme, parfois dure, mais elle m’a tenue.

Et le miracle est arrivé. J’ai finalement obtenu une excellente note à cet examen que je croyais perdu d’avance. J’ai compris alors pourquoi le Pr Najjar avait imposé ce sujet inattendu : il voulait tester notre capacité d’adaptation, révéler nos compétences profondes et nous pousser à aller plus loin.

C’est ainsi que j’ai poursuivi mes études de droit.

L’enseignement à l’USJ m’a forgée. L’analyse, le débat, l’application concrète, l’esprit critique et les compétences ciblées ont construit mon autonomie et ma capacité à gérer des environnements variés. On y apprend à raisonner, à argumenter, à résoudre des problèmes bien au-delà du juridique.

Je n’ai pourtant jamais exercé le droit. Les circonstances m’ont menée vers la banque. J’ai commencé dans différents services avant d’être mutée au département des crédits documentaires. C’est là que j’ai pris conscience de l’importance de mes études à l’USJ pour réussir dans ce domaine complexe qui sécurise les transactions internationales, une compétence très recherchée dans le commerce mondial.

J’ai ainsi connu beaucoup de succès au sein du département des crédits documentaires, au point que le directeur des ressources humaines m’a demandé d’animer des sessions de formation pour l’ensemble du personnel.

J’étais comblée. Mais après cinq ans, la lassitude s’est installée. Elle m’a fait comprendre qu’il était temps de changer, de chercher de nouveaux défis et davantage d’évolution. J’ai alors demandé mon transfert vers le département du crédit. On m’a répondu que je n’étais pas spécialiste en finances ou en gestion et que cela serait impossible. J’ai insisté, allant jusqu’à menacer de démissionner, convaincue que ma formation à l’USJ constituait un socle suffisamment solide pour bâtir un nouveau parcours. On m’a lancé un défi que j’ai accepté.

J’ai ensuite évolué au sein du département du crédit avec beaucoup de succès. Grâce à l’empathie, la curiosité et l’autonomie acquises à l’USJ, j’étais créative dans la gestion des portefeuilles clients, capable de générer des opportunités, de proposer des solutions de financement adaptées et d’évaluer la solvabilité. Ma ténacité, mon sens de la négociation et mon excellent relationnel ont fait la différence.

Aujourd’hui encore, je rends hommage à l’USJ, à ses professeurs, à mes amis. Je pense au Pr Najjar bien sûr, mais aussi à Marie Maalouli Torbey, Maroun Zakkour, Akram Azouri, Saïd Alame, Mireille Sayegh, Liliane Nahoul, Guitta Sarkiss, Laudie Akl et Marie-Louise Nammour. Je remercie l’institution pour son excellence académique et son soutien, pour ses valeurs d’engagement, d’intégrité et d’ouverture qui m’ont guidée partout.

Ce diplôme a été la grande porte de toute ma vie.

Et permettez-moi de le dire à haute voix : j’ai des goûts de luxe. Mon luxe, c’est l’USJ.

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