Tiré du site de l'USJ
L’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ) a célébré le jeudi 22 janvier 2026 le lancement de la Chaire Georges Corm, au sein de l’Institut des sciences politiques (ISP), sous le haut patronage de S.E. le Président du Conseil des ministres, M. Nawaf Salam. La cérémonie, qui s’est tenue à l’amphithéâtre Gulbenkian du Campus François Debbané des sciences sociales, rue Huvelin à Achrafieh, a réuni un large public composé de ministres, de parlementaires, d’anciens ministres, d’ambassadeurs, de responsables académiques, de chercheurs, d’étudiants ainsi que de la famille de Georges Corm.
Le Recteur de l’USJ, le Pr François Boëdec s.j., a ouvert la cérémonie en rappelant l’importance de ce moment : marquer l’engagement de l’Université dans la réflexion sur les relations internationales, l’économie politique et l’histoire des idées, tout en rendant hommage à une figure intellectuelle majeure du Liban. Il a exprimé sa gratitude envers le Premier ministre pour le haut patronage, soulignant que « sa présence symbolique, et le fait qu’il soit représenté par M. Ghassan Salamé, témoignent non seulement d’une volonté de rendre hommage à une grande figure académique et à un ami, mais aussi de l’importance manifestée par les autorités de ce pays au savoir, à la pensée critique et au rôle de l’université dans la cité. »
Le Recteur a évoqué son parcours personnel, se souvenant qu’étudiant dans les années 80, il avait été profondément marqué par l’ouvrage « Proche-Orient éclaté » de Georges Corm, devenu pour lui une clé de lecture essentielle de la région. Il a rappelé le lien durable de Corm avec l’USJ, où il a enseigné dès les années 1960, maintenant un dialogue avec la jeunesse même lors de ses fonctions ministérielles entre 1998 et 2000, et demeurant un pilier de l’ISP aux côtés de figures telles que Ghassan Salamé, Joseph Maïla, Fadia Kiwan et Samir Kassir. Le Recteur a insisté sur le rôle de la Chaire comme acte universitaire « de transmission, de réflexion et de responsabilité ». Ainsi donc, poursuit-il, « dans le contexte libanais actuel, marqué par une crise multiforme, économique, sociale, institutionnelle et morale, la pensée de Georges Corm nous oblige. Elle nous oblige à ne pas nous endormir, à refuser le fatalisme et la lassitude, à penser la citoyenneté au-delà des appartenances communautaires et à relier justice sociale, développement économique et souveraineté politique. »
Dans son intervention, M. Karim Émile Bitar, ancien directeur de l’ISP et titulaire de la Chaire, a rendu hommage à l’intégrité et à la lucidité de Georges Corm, y compris dans sa vie ministérielle, rappelant comment il avait su maintenir le respect malgré des divergences politiques avec des figures comme Rafic Hariri, en raison de leur attachement commun au Liban et au vivre-ensemble. M. Bitar a présenté le logo et l’héritage historique de la Chaire, issu d’un tableau d’Achrafieh peint par le père de Corm, symbole du « Levant d’hier » et de valeurs de coexistence et de libéralisme politique. Il a précisé les axes de réflexion de la Chaire : relations internationales, économie politique et histoire des idées, soulignant que Georges Corm privilégiait l’expression « économie politique » pour insister sur le rôle des institutions et de l’État et dénoncer la soumission de l’économie aux seuls gains financiers à court terme. Il a rappelé la clairvoyance de Corm concernant l’ordre international, anticipant la critique contemporaine de l’ordre libéral et défendant un système fondé sur la justice plutôt que la force.
Prenant la parole au nom du Président du Conseil des ministres et en sa qualité de ministre de la Culture, le Pr Ghassan Salamé a mis en avant le courage intellectuel de Georges Corm et l’importance de la Chaire pour aborder les incertitudes actuelles. Il a détaillé trois axes principaux : « écrire l’histoire de l’Orient sans la défigurer », en plaçant les acteurs autochtones au cœur de la narration, le « pluralisme confessionnel et les meilleures façons de le gérer », une question toujours d’actualité dans la région, et « le rapport à l’Occident. Comment extraire les normes et les valeurs de l’Occident sans avaliser ses choix, ses décisions, ses aventures ? » En développant ces trois axes, il a insisté sur le rôle de la Chaire pour interroger la relation dialectique entre le Liban, la région et le monde.
Intervenant à son tour, M. Kamel Mehanna, fondateur et président de l’Association Amel, a souligné la dimension éthique et humaine de l’engagement de Georges Corm. Il a rappelé son rôle au sein du Centre Amel, sa capacité à analyser les crises régionales et européennes et sa profonde sensibilité envers la Palestine, qualifiée de « cause des causes ». M. Mehanna a insisté sur la libération de l’esprit comme projet central de Corm et sur sa résistance intellectuelle : « Sa pensée fut une résistance calme, profonde et de longue haleine, cherchant une refondation de la laïcité plutôt qu’une rupture avec la société. »
M. Sami Nader, directeur de l’ISP, a rappelé que Georges Corm savait lier théorie et pratique et proposer des solutions ancrées dans les réalités sociales et politiques. Il a précisé que la Chaire sera un lieu où l’économie politique sera mobilisée comme outil de transformation sociale, visant à former des citoyens et des décideurs capables de relever les défis complexes de notre époque. Il a également annoncé que l’espace de la Chaire accueillera la bibliothèque personnelle de Georges Corm, offerte par sa famille, afin d’inspirer les générations futures et témoigner de sa curiosité intellectuelle.
Au nom de la famille Corm, M. Mounir Corm a exprimé sa gratitude pour cette initiative et a souligné que la Chaire ne constitue pas un simple hommage, mais un engagement à faire vivre les valeurs incarnées par Georges Corm : courage, intégrité, responsabilité intellectuelle et débat public. Il a raconté l’origine de la Chaire, née immédiatement après les funérailles de Georges Corm grâce à l’impulsion de membres de l’USJ. Il a insisté sur les objectifs de la Chaire, définis comme une « bataille culturelle et intellectuelle » contre les fractures imaginaires, les essentialismes et les pratiques prédatrices. La Chaire vise à former une jeunesse capable de comprendre la réalité, à déconstruire les discours simplistes et à reconstruire une culture de l’État et des institutions, fidèle à la pensée de Georges Corm.
La cérémonie s’est conclue par une discussion à bâtons rompus sur la citoyenneté démocratique, le développement économique et la justice sociale au Liban, réunissant la Pr Marie-Claude Najm, doyenne de la Faculté de droit et des sciences politiques et ancienne ministre de la Justice, Mme Lamia Moubayed, présidente de l’Institut des finances Basil Fuleihan, M. Saadé Chami, ancien Vice-Premier ministre et chercheur associé à l’AUB, et M. Ziad Baroud, ancien ministre de l’Intérieur et enseignant à l’USJ. La discussion, modérée par M. Karim Bitar, a permis un échange de points de vue académiques et politiques sur les défis contemporains du pays, avant de clôturer l’évènement autour d’un cocktail réunissant l’ensemble des participants et des invités.
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