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Quand la vocation religieuse rencontre le travail social

Portraits

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02/09/2026

Les guerres, les déplacements, la précarité économique et les transformations sociales qui ont marqué la société libanaise ont façonné, au fil des décennies, une manière particulière de répondre aux fragilités humaines. Dans cette histoire, des religieuses formées en travail social occupent une place singulière. Leurs parcours montrent comment une vocation spirituelle a pu dialoguer avec une formation professionnelle pour construire une présence auprès des personnes et des communautés.

À travers une série de podcasts réalisés par SWorld en collaboration avec l’Association des anciens de l’École supérieure de travail social (ESTS) de l’USJ, 5 religieuses diplômées de l’École : Sr Noha Daccache (1986), Sr Laudy Hobeika (1981), Sr Annie Kahwajian (2000), Sr Yolla Nasr (1983), et Sr Caroline al Raie (2022) reviennent sur des expériences où vie religieuse et travail social se rencontrent.

Inscrit dans une démarche de mémoire orale, ce projet recueille des récits de terrain qui témoignent de l’évolution du travail social au Liban et d’une manière particulière d’entrer en relation avec les personnes, au-delà des situations auxquelles elles sont confrontées.

Dans ces récits, une idée traverse les 5 parcours : la formation en travail social n’a pas remplacé la vocation religieuse. Elle lui a donné des repères pour mieux comprendre les réalités humaines rencontrées sur le terrain et pour inscrire l’action dans un cadre professionnel.

Pour ces religieuses, il ne s’agit pas de 2 engagements qui se juxtaposent. La vie consacrée et la pratique sociale s’inscrivent dans une même attention portée à l’être humain. La formation universitaire a transformé leur manière de regarder les situations. Elle leur a appris à analyser les parcours individuels, à comprendre les dynamiques sociales et à construire des réponses adaptées. Derrière chaque difficulté rencontrée, elles voient une histoire singulière. Une situation sociale ne résume jamais une personne. Le travail social ne commence donc pas par un problème à résoudre, mais par une rencontre avec quelqu’un dans son propre parcours.

Cette manière de regarder l’autre s’est construite au fil des années, souvent dans des contextes où l’urgence imposait d’agir rapidement. Les parcours de ces religieuses traversent plusieurs périodes marquantes de l’histoire récente du Liban. Leurs récits évoquent des moments où il fallait accueillir, soutenir et répondre aux besoins de populations touchées par les conflits ou les déplacements. Avec le temps, les pratiques ont évolué. L’aide apportée dans l’urgence s’est enrichie d’une approche plus structurée. La formation en travail social a introduit des outils pour mieux comprendre les situations et inscrire les interventions dans la durée. L’enjeu n’était plus seulement de répondre à une souffrance immédiate. Il était aussi d’aider les personnes à retrouver une capacité d’agir sur leur propre parcours. Les témoignages montrent ainsi un passage progressif d’une logique de secours vers une démarche qui cherche à renforcer les ressources des personnes et des communautés.

Dans cette évolution, la place de la figure religieuse apparaît comme un élément particulier de ces parcours. Les témoignages montrent qu’elle peut faciliter la rencontre avec l’autre. La présence d’une personne consacrée est souvent associée à une disponibilité et à une écoute qui ouvrent un espace de confiance. Certaines personnes trouvent alors la possibilité d’exprimer des souffrances ou des difficultés qu’elles gardent parfois silencieuses. Cette confiance constitue une ouverture, mais elle ne remplace pas les exigences du travail social. La formation professionnelle apporte un cadre qui permet d’accompagner sans décider à la place de l’autre. Elle conduit à chercher un équilibre entre proximité et respect de la liberté de la personne. Être présente ne signifie pas prendre le chemin de quelqu’un à sa place. C’est aussi reconnaître sa capacité à avancer, à faire ses choix et à participer à son propre changement.

Cette attention portée à la personne prend une résonance particulière dans une société où les appartenances communautaires occupent une place importante. Les expériences racontées dans les podcasts soulèvent une question essentielle : comment rencontrer l’autre lorsque son identité collective risque parfois de masquer son histoire personnelle ? D’un récit à l’autre, une même conviction apparaît : la 1ère rencontre se fait avec une personne. Sur leurs terrains d’intervention, ces religieuses ont accompagné des personnes issues de milieux différents, dont les parcours avaient été bouleversés par les circonstances de leur vie. Ces rencontres les ont conduites à dépasser les catégories qui peuvent séparer les individus. Le lien social ne se construit pas en effaçant les différences. Il se construit lorsque celles-ci ne deviennent plus un obstacle à la rencontre. Dans ce sens, l’action sociale crée des espaces où des personnes qui n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de se rencontrer peuvent se retrouver autour d’une réalité commune : leur humanité.

Ces expériences de terrain donnent aussi un autre regard sur les fragilités qui traversent une société. Être au contact des personnes permet de comprendre que certaines difficultés individuelles prennent racine dans des réalités plus larges. Les témoignages rappellent ainsi que l’action sociale ne peut pas seulement intervenir après l’apparition des problèmes. Elle invite aussi à réfléchir à ce qui les produit et aux transformations nécessaires pour y répondre. La connaissance acquise auprès des personnes devient alors une source précieuse pour nourrir la réflexion collective et contribuer aux politiques sociales.

Au fil des années, ces religieuses ont également transmis une certaine manière d’exercer le travail social. Un message revient dans leurs témoignages à l’adresse des nouvelles générations : les compétences professionnelles sont indispensables, mais elles ne prennent leur sens que dans une relation humaine véritable. Le travail social demande une capacité d’analyse et une rigueur professionnelle. Il demande aussi une présence attentive à l’autre. Pour ces religieuses, le 1er outil du travailleur social reste sa propre personne. Sa manière d’écouter et d’entrer en relation influence profondément son intervention.

Les podcasts réalisés par SWorld constituent ainsi une mémoire vivante du travail social libanais. Ils recueillent la parole de femmes dont les parcours traversent plusieurs périodes de l’histoire du pays et qui témoignent d’une même recherche : comprendre l’humain dans sa complexité et préserver ce qui fait sa valeur. Au-delà des différences de congrégation ou de parcours, leurs voix racontent une même conviction. L’action sociale trouve son sens lorsqu’elle devient une véritable rencontre avec l’autre.


Et pour entendre leurs voix, découvrez ici les cinq épisodes de la série :

Sr Noha Daccache 

Sr Laudy Hobeika 

Sr Annie Kahwajian

Sr Yolla Nasr 

Sr Caroline al Raie 




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